L’interview pour TV5 (version corrigée)

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/France-2012/Les-articles/Reponses-des-candidats/p-21686-Romain-Devouassoux-candidat-du-Parti-Pirate.htm

Qui êtes vous ?

Je suis un français de la génération Couleur3 (chaîne de Radio Suisse Romande): jeune d’esprit, ouvert et incisif. 

Cette ouverture m’a permis de  pouvoir exercer des métiers très différents, parfois plutôt technique (analyste-développeur), parfois plutôt  humain (enseignant en sciences physiques et technologie dans un collège). La diversité est un atout majeur pour moi mais aussi pour notre environnement actuel (réel et virtuel). Cela permet une relative indépendance et ainsi de  pouvoir toujours retomber sur ses pieds.
Comme tous les enfants du net, internet a changé ma vie et je suis ultra connecté.  Oui, Google, Facebook, Twitter et consorts n’ont plus de secrets pour moi. Malheureusement, je n’ai pas de secrets pour eux non plus. Pour cette raison, je m’investis bénévolement avec ceux qui dénoncent  les problématiques et les failles, je suis donc l’ambassadeur francophone d’Hacktivity, une conférence annuelle de sécurité informatique. Celui qui s’interresse de près à ce type de conférences voit pleinement le danger de la politique actuelle de l’autruche. Contre cela, il me semble normal de partager mes connaissances et promouvoir la transparence et l’éthique. Je ne veux pas évoluer seul, je veux que le monde évolue, que les marches soient franchies tous ensembles.
En tant que Haut-savoyard, j’ai toujours eu une certaine ouverture sur les autres pays. Historiquement, il est plus facile d’aller en Suisse ou en Italie (tunnel du Mont-Blanc) que d’aller en Savoie ou dans l’Ain. Le pouvoir d’achat des salaires suisses en France fait se côtoyer quotidiennement les deux populations travailler les Français en Suisse et habiter les Suisses en France.  Culturellement, comme les ondes passent les frontières, nous écoutions déjà aussi beaucoup les médias suisses (notamment couleur3 pour ceux qui suivent). Avant l’arrivée du net, cela nous permettait d’avoir un bon point de vue extérieur a la propagande française.
Cette envie de point de vue différent m’a poussé a aller plus loin dans le recul: l’expatriation.
En partant vivre a Budapest il y a 4 ans, j’ai pu voir que finalement que les problématiques sont les mêmes, au bistrot du coin les gens râlent exactement de la même manière et contre les mêmes choses (impôts, politiciens déconnectés et démagogiques, l’immigration, la crise). Contrairement aux expatries ancienne génération, j’ai complètement joué le jeu notamment avec un contrat/salaire hongrois et en déménageant réellement (un bon millier de BD ça fait du poids). Ainsi malgré mon statut d’étranger, je suis moins déconnecté de la réalité quotidienne. Grâce au net et son système de communication mondial, j’ai pu garder le lien avec ma culture française (famille, informations, musique, films, e-books) . Au lieu de se transformer radicalement, mon champ de vision s’est tout simplement agrandi.

Pourquoi voulez vous être député des Français établis hors de France ?

Depuis que je suis né, je vois une alternance politique gauche-droite mais une continuité des erreurs annoncées (la dette par exemple). Plus ça va, plus la classe politique est déconnectée de la réalité. La récente campagne présidentielle nous l’a bien montré, tout est bon pour gagner des voix. Il n’y a aucune cohérence. Les candidats n’ont même plus eu honte de raconter tout et son contraire d’un jour sur l’autre, la démagogie dans toute son ampleur. Ces derniers jours ou les ministres ont été nommés nous le montre aussi: on suppose des noms, on étudie les effets sur l’opinion publique puis on ajuste, bref on essaye de faire de la forme. Ça commence comme le précédent gouvernement, beaucoup d’effets d’annonce…
Seulement, celle que l’on appelle la crise nous le montre bien, il ne faut pas dire il faut agir.

Depuis l’arrivée de l’informatique grand public et l’arrivée du net, la méthode de transmission du savoir s’est inversée, elle est passé de descendante (anciens vers jeunes) à montante (jeunes vers anciens), les règles du jeu ont changées, notre environnement s’est internationalisé, les liens passent de verticaux (tout le monde est relié grâce a nos représentants) à horizontaux (les personnes peuvent se lier directement entre elles grâce aux moyens de communications ). Notre génération, baptisée au départ NoGeneration par ceux qui ne la comprenait pas, a grandi avec la technologie et la maîtrise. Nous avons vécu dans l’ombre de la génération du Baby-Boom. Le papy-boom arrivant, nous sommes maintenant les actifs de la société.
Il est donc temps que nous agissions.

A la question, pourquoi le parti pirate?  Je suis sympathisant depuis le début du parti pirate suédois, j’ai d’ailleurs été frustré de ne pas pouvoir voter pour eux lors des précédentes législatives pour des députés européens. Quant au parti pirate français, ce n’est seulement que maintenant qu’il atteint une certaine maturité (avant il y avait même 2 partis pirate français). Aussi lorsqu’un ami m’a transmis la recherche de candidats par le parti pirate, j’ai relu le programme et je me suis rendu compte que non seulement les fondamentaux pirates étaient miens depuis longtemps mais que ça collait quasiment a 100% a mes idées.  Par conséquent, j’ai décidé qu’il était temps pour moi d’agir en m’impliquant dans une candidature pour un parti qui le mérite. 

Le grand nombre de candidatures comme la mienne à ces législatives est un indice qui montre que les citoyens français se prennent en main. C’est j’espère le prémice d’une nouvelle ère, la fin des virages gauche-droite qui mènent au mur, bientôt, et j’en rêve depuis déjà 16 années de droit de vote, une politique éthique, transparente et démocratique.
Certes, avoir un siège à l’assemblée nous permettrait d’avancer plus vite, cependant notre but premier est de faire des émules.

Sur quelles problématiques faites vous campagne ? Nationales, internationales, locales, spécifiques aux Français établis hors de France, comme la fiscalité ou l’éducation ?

Déjà tous les problèmes liés a la censure, au fichage, au partage et à la liberté d’expression sont les fondements du parti pirate.
Mes compétences techniques me permettent de bien voir les failles des systèmes et  l’utilisation que l’on peut en faire, bonne ou mauvaise. Je vois aussi toute l’inutilité des outils de censure ou de surveillance, ils sont coûteux, se contournent facilement pour ceux qui en ont le besoin et punissent l’utilisateur lambda, c’est a dire nous. Le principe de base est “quand on cherche une faille, on en trouve une, ce n’est qu’une question de temps”. C’est le même principe qu’avec un antivol moto, on acheté du temps garanti avant que le voleur parte avec la moto. La seule solution n’est pas de chercher a combler a posteriori des failles mais de faire en sorte qu’elles n’aient que peu d’incidence afin de limiter l’intérêt de perdre du temps à trouver une faille.
Le système de brevet actuel bloque l’innovation et la recherche, nous devons y remédier. Il suffit de voir la guerre juridique qu’apple et  Samsung se livrent. Le plus lamentable est que les brevets eux-mêmes ne sont pas logiques: il vaut mieux breveter un design qu’une technologie car la première n’est pas conditionnée par le FairUse. On ne trouve pas mieux pour brider la recherche. Alors qu’au départ, le but était de la soutenir.
Quant au droit d’auteur, ayant été bénévole 4 ans dans une association annécienne gérant une salle de concert et des locaux de répétition, j’ai pu voir que les droits d’auteurs gênent plus qu’ils  ne protègent. Et je n’ai vu que deux cas ou l’argent rapporté a été redistribué pour la création. A coté de cela, j’ai vu beaucoup d’acteurs du monde de la musique qui auraient mérité cet argent mais qui ne l’ont jamais vu, heureusement pour certains que les collectivités et associations locales répondaient présentes. La plupart des artistes que j’ai rencontrés gagnent leur vie (enfin ceux qui le peuvent) avec leurs concerts plutôt qu’avec leurs ventes de disques.  Il faut donc revoir ces droits désuets qui ne profitent qu’à une minorité faiblement créatrice. Un point auquel ne pensent pas les français en France est le rayonnement de la culture française a l’étranger. Pour des histoires de droits, il est impossible de visionner certains sites web (le fameux “pour des raisons de droits d’auteur vous ne pouvez accéder a ce(tte) site/vidéo/son/texte dans le pays ou vous êtes”) et donc avoir accès à la culture en dehors du territoire francais.

Pour connaître en détail tous les points que nous défendons sur la réforme du droit d’auteur, je vous propose de  consulter : http://politiquedunetz.sploing.fr/2012/05/la-reforme-du-droit-dauteur-selon-le-piratpartiet-suedois-au-parlement-europeen/ cet article qui résume quelles sont les mesures que le Parti Pirate Suédois, notre précurseur, défend à propos du droit d’auteur :
Pas de changement sur le droit moral
Partage non-commercial gratuit
20 ans de monopole commercial
Enregistrement après 5 ans
Utilisation gratuite d’extraits
Bannissement des MTP (ou DRM)

Ensuite, je m’attache aux problèmes concrets de la nation.
En premier, les impôts sont trop nombreux, compliques et lourds. C’est très démagogique mais c’est la réalité. Nous, expatriés comprenons très bien pourquoi les sociétés ou les riches se délocalisent. Tout simplement qu’ailleurs les avantages sont plus nombreux que les inconvénients dont les impôts en font parti. Nous avons récemment découvert un ministre du “redressement productif” qui déjà a sur son bureau des dossiers de sociétés qui ont déjà décidé de partir. Que va-t-il se passer? Au lieu de faire en sorte que plus personne ne voit d’avantages à partir et c’est bien la seule solution viable, il va perdre du temps et de l’argent avec des sociétés qui partiront en douce dés que les projecteurs ne seront plus tournés vers eux.
Il faut donc remplacer les multiples impôts et contributions par un impôt unique progressif,  simple et transparent, pour les individus comme pour les entreprises.
Mais finalement si on y regarde bien c’est tout le système français qui est lourd. Il faut absolument simplifier une bonne partie des lois.

Ainsi, les aides sociales, la fiscalité ou le droit du travail sont des domaines où la simplicité devrait être essentielle pour permettre à la loi d’être appliquée rapidement et pour éviter toutes les exceptions qui, au final, ne bénéficient qu’à ceux qui peuvent se payer des conseillers particuliers pour exploiter les niches. Elles perdent les citoyens et les travailleurs plus ordinaires qui ne connaissent pas leurs droits. Or les petits patrons ou les nouveaux arrivants en France devraient eux aussi avoir accès à des démarches administratives simples et efficaces. C’est cela aussi la transparence.

Dans le même mouvement, il faudrait informatiser et numériser l’essentiel des démarches administratives, pour des simples raisons d’efficacité.

Les mots d’ordre de l’administration devraient être accessibilité, compréhension, acceptation et transparence. Chacun sera alors plus facilement à même d’être responsable et positivement critique.  De plus, du temps administrative gagné, c’est de l’argent économisé pour l’État, c’est du temps gagné et moins de stress pour chaque citoyen.

Enfin, les dérives du système financier doivent être réglées. Tout le monde connaît celles ahurissantes qui ont fait les journaux récemment ou celles qui font que pour une question de rentabilité a court terme il vaut mieux licencier qu’investir. Cependant la plus méconnue et la plus dangereuse a court terme est le trading haute fréquence (HFT). Avec ce système des attaques bien pensées peuvent écrouler un système en quelques secondes, des micros crises ont déjà été identifiées. Il faut que nous nous préservions de cela tout en prenant garde de pas asphyxier l’économie.
Je n’oublie pas, et c’est un thème qui tient au cœur de mon suppléant Xavier Gillard, le revenu de vie universel qui s’ajoute au travail le cas échéant.

Mais Xavier en parle bien mieux que moi:
«
Le but du revenu de base est de libérer la créativité des individus tout en garantissant à chaque citoyen français d’avoir les moyens de mener une vie digne sans pour autant se sentir un «assisté».

Vie digne : les aides actuelles sont très sectorisées, chaque population a ses propres aides, et les règles sont parfois kafkaïennes. Cela résulte d’une idéologie paternaliste : l’État nounou doit contrôler pas à pas tout ce que font ses rejetons. Ce faisant, l’État bride les initiatives individuelles qui n’entrent pas dans ses plans et dépense des millions d’euros dans une administration uniquement destinée à contrôler les droits des uns et des autres.

D’une part, en mettant tout cela à plat, nous gagnerons in fine de l’argent, en rendant toute un pan de la bureaucratie inutile.

Ensuite, si nous donnions une somme inconditionnelle suffisante pour arriver à vivre décemment (donc proche du seuil de pauvreté), tout en n’étant pas assez haute pour ne plus du tout inciter à travailler pour gagner de l’argent à chaque individu en France, cela aura comme effet immédiat de supprimer la catégorie des dit-«assistés» et leur stigmatisation, tout en facilitant en encourageant chacun à réaliser ses ambitions personnelles, sans contrôle de l’État.

Nous avons en France une population qui se prête à une telle initiative, surtout chez les jeunes : elle est le plus souvent bien formée, mais souvent sous-employée par rapport à ses qualifications. Nous avons également toute une partie de la population coincée dans un chômage résiduel et dont l’accès à l’emploi classique paraît durablement compromis, mais qui doit tout de même sans cesse rendre des comptes à l’administration.

Il faut libérer toute cette énergie qui s’épuise dans des boulots alimentaires ou des recherches d’emploi condamnées au détriment de sa propre formation, de sa propre réalisation, et donc de l’avenir du pays. Il faut permettre à tout un chacun de pouvoir recommencer des études ou fonder sa propre entreprise ou association sans craindre pour le lendemain.

Nous pensons que les humains aiment créer, que ce soit des entreprises, des associations, ou des œuvres artistiques, qu’ils aiment étudier et se former, et pensons qu’une telle mesure encouragera ces tendances.
»

Parallèlement à cela, nous prônons un système judiciaire indépendant du gouvernement et du parlement en créant un Conseil supérieur de la justice auquel on pourrait rattacher le parquet et les autorités administratives défendant les droits des citoyens. A cela, nous pourrions, comme certains autres pays européens (Italie, Allemagne,…) l’ont déjà, ajouter le droit de pétition qui permettrait de placer au calendrier parlementaire avec la signature de 1% minimum de la population. Cela permettrait par exemple aux consommateurs de pouvoir  de renforcer leurs droits en pétitionnant pour un système d’action en justice collective (Class action), système que nous voudrions enfin voir exister en France.

Pour finir, il y a les problématiques qui me tiennent personnellement à cœur, celles qui existent dans les faits mais pour lesquelles nous préférons la politique de l’autruche:  l’acceptation de l’homosexualité en commençant par un mariage pour tous et faciliter l’adoption pour tous les couples, la dépénalisation de certaines drogues dites douces, le droit à une mort digne.
Je ne comprends d’ailleurs même pas pourquoi on s’obstine encore à se cacher la réalité, nous n’avons pas à blâmer une partie des Français pour des choix personnels qui ne nous concernent pas. Acceptons nos différences et avançons ensembles.

 

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